Une
chronique parue
dans le n°18 de (février
2004)
Voici
la chronique d'un livre culte annoncé ! Si Nick Hornby,
auteur de l'excellent " Haute Fidélité " n'est
plus à présenter, il entre désormais avec "
31 Songs " dans la cour des maîtres de la littérature
musicale. Car dans cet ouvrage qui frise la perfection sans pour autant
verser dans un rédhibitoire absolu, il y a TOUT. Tout et même
son contraire sans que, paradoxalement, cela n'apparaisse contradictoire
ni confus. Tel est donc bien là le talent de Hornby, qui évite
avec prestance tous les pièges du genre et signe un livre à
la fois pertinent et impertinent, personnel et universel, profond et léger,
didactique sans être donneur de leçon, et dont vous ressortirez
à la fois excité et serein, curieux et rassasié.
Judicieusement, " 31 Songs " ne cherche pas à dresser
un énième palmarès forcément discutable -
et encore moins à expliquer l'origine ou le sens - des 31 meilleures
chansons pop de la décennie, du siècle ou de tous les temps,
dans lesquelles se reconnaîtraient potentiellement, dans un consensus
mou, une majorité de lecteurs. Non. Les 31 titres évoqués
par l'auteur ne sont en fait que ses propres chansons favorites, celles
qui se sont insinuées ou imposées dans son existence au
détour d'une anecdote ou d'un état d'âme, et dont
il nous offre sporadiquement le récit. A dire vrai, une bonne moitié
des titres cités par Hornby m'étaient totalement inconnus
avant de lire ce livre et pourtant, j'ai eu l'impression déconcertante
que je les aimais exactement pour les mêmes raisons que lui. De
me réjouir, donc, de pouvoir élargir mon horizon musical
grâce aux choix d'un autre, qui a su ne pas se contenter - ni me
contenter, par ricochet - des seuls standards d'un Led Zep, d'un Springsteen
ou d'un Dylan ou de n'importe quelle autre valeur sûre et établie,
au profit de pépites d'un Ian Dury, d'un Rufus Wainwright ou d'une
Ani di Franco. En réalité, les 31 chansons de Hornby traduisent
surtout 31 façons de comprendre et d'aborder la musique pop, mais
également 31 raisons universelles de l'aimer et de lui reconnaître
ce rôle et cette influence majeurs et insoupçonnés
qu'elle exerce dans notre vie. 31 prétextes, aussi, pour développer
différents thèmes ou briser des clichés : faut-il
accorder plus de préférence au texte ou à la musique
? Peut-on s'éclipser d'un concert lorsqu'un solo s'allonge trop
? Les chansons exaltées et les musiques excitées sont-elles
salutaires ? Abordant chacune de ses dissertations avec sérieux
mais sans gravité, avec exigence mais sans intransigeance, Nick
Hornby effectue une sincère profession de foi élevant la
musique pop au rang de religion. Prosélyte sans sombrer dans le
talibanisme, il ôte en nous ce sentiment complexé qui nous
suppose hors des canons de la Culture, de la bienséance ou de la
pertinence parce qu'on sacrifie au culte de ce que Gainsbourg appelait
un art mineur : la chanson pop. Par cet ouvrage, Hornby rappelle et démontre
que la pop a beau être immédiate d'accès, fugace,
parfois même facile voire futile, elle nécessite néanmoins
une véritable initiation et mérite qu'on la considère
avec un tant soit peu de sérieux, d'affection, de respect et de
gratitude. De bien belles lettres de noblesse.