BRUCE SPRINGSTEEN
VH1 Storyteller

Une chronique parue
dans le n°35 de

(septembre 2005)

 

Depuis le temps qu'on l'attendait, cette master class de Bruce Springsteen, après tant et tant de rendez-vous manqués : celui de 1992, pour l'émission MTV Unplugged, où Bruce avait rebranché les guitares dès le deuxième morceau (cf. Crossroads #27) ; celui de la tournée Tom Joad, dont on a espéré en vain un CD ou un DVD live, et au cours de laquelle le musicien présentait avec soin, pudeur et sincérité ses compositions, son travail, ses réflexions… Celui de février 2003, où Bruce donna deux concerts à Somerville, MA, suivis d'une session de questions-réponses avec le public (" une soirée intime de musique et de conversation avec Bruce Springsteen ", cf. Crossroads #10), mais où les questions du public, non centralisées par un modérateur, tombèrent vite dans le n'importe quoi et agacèrent le chanteur. C'est donc une chance qu'il ait bien voulu renouveler l'expérience, et croyez-moi, cela en valait la peine. Car le titre de l'émission ne pouvait pas mieux convenir à Springsteen, le raconteur d'histoires, qui a offert le 4 avril dernier à quelque 300 spectateurs chanceux de Red Bank, dans son New Jersey natal, une explication de texte ligne à ligne de huit de ses plus belles chansons, chacune dans un genre bien différent, doublée d'une jolie performance acoustique, à la guitare, à l'harmonica et au piano. Pas rancunier, il a également accepté de prendre les questions du public (dûment sélectionnées cette fois-ci), parmi lequel se trouvaient (incognito) quelques-uns des plus éminents spécialistes de l'œuvre Bossienne. Au programme musical : Devils & Dust (20 ans après Born in the U.S.A., il est intéressant de voir ce que les soldats et les guerres inspirent au chanteur et comment il aborde le sujet), Blinded By The Light (chanson qui méritait assurément une explication tant la juxtaposition de ses images, fondée uniquement sur les rimes, la rendait énigmatique), Brilliant Disguise (le thème du couple - Bruce est rejoint sur scène par sa femme Patti Scialfa), Nebraska (du premier album acoustique de Springsteen, qui a surpris tant de monde à l'époque, et est aujourd'hui l'un de ses plus encensés), Jesus Was An Only Son (Ah… Bruce et la religion, tout un programme - cf. "Il voulait juste nous voir sourire"), Waitin' On A Sunny Day (l'hommage de Bruce à la musique pop, à la soul et à son maître Smokey Robinson), The Rising (sur l'après-11 septembre), et enfin Thunder Road (un must dans le répertoire Springsteenien, inspiré par Roy Orbison - " c'était ma grande invitation… mais je ne sais toujours pas bien à quoi "). Tour à tour drôle, émouvant, profond, ironique, facétieux, lucide, inspiré, ou pratiquant l'autodérision, Bruce Springsteen n'est toutefois pas loin d'être aussi elliptique dans ses explications que dans les textes de ses chansons. Disons qu'il a entrouvert une porte, et que c'est déjà beaucoup… Et pour casser un peu son auréole de brave type consciencieux et généreux, il n'hésite pas à confesser publiquement son goût pour les clubs de strip-tease en bord d'autoroute, où il peut boire un coup tranquillement en se soulageant l'esprit de tous ces sujets sérieux et pesants qu'il aborde dans ses chansons, pendant qu'on l'imagine en train de faire œuvre de charité ! Ha ! Sacré Bruce… (euh… enfin si, quand même !) En attendant un hypothétique DVD live de la tournée Devils & Dust qui vient de s'achever, et surtout une probable édition collector pleine de bonus de Born to Run, dont on vient de fêter le trentenaire le 1er septembre, précipitez-vous sur ce joli DVD qui, pour une fois, et c'est tant mieux (c'est même la moindre des choses), contient des sous-titres.


Dolby Surround 5.1
115 minutes
Sous-titres : français, allemand, espagnol, italien.
Bonus : Questions-réponses avec le public
Sortie le 6 septembre 2005

Hugues Barrière
août 2005