A Day In New Jersey
("I'm A Pilgrim In The Temple Of... Bruce")

Une chronique de
tenth-avenue
(sept. 2003)

        
Vendredi 29 août 2003, "day off" pour Springsteen et le E Street Band entre deux concerts au Giants Stadium, je pars en compagnie de "quelques" fans du Boss visiter deux ou trois lieux choisis du New Jersey, devenus mythiques en raison de leur relation étroite avec la vie ou la carrière du chanteur. Ce que je pensais au départ n'être qu'une simple ballade fanatico-touristique s'est transformée, au fil des heures, des images émouvantes et des péripéties amusantes, en une journée à jamais gravée dans mon souvenir. En voici quelques impressions et illustrations...

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        Il était une fois... un groupe de jeunes fans de ce chanteur du New Jersey, qui décidèrent de partir sur les traces de leur patron préféré, pour tenter de mettre des images sur les différents lieux de jeunesse évoqués dans les chansons et témoignages du dit chanteur. Bref, on était une bonne dizaine de petits français à rejoindre l'excursion dans le "Noo Joisey" organisée par le fan-club anglais Badlands. Départ en bus (euh... 2 bus, ça promet !), NJ Turnpike, panneau Freehold (l'émotion monte), et puis on entre à Béthléem...euh, pardon, Freehold : là, nous retrouvons un groupe de touristes qui a bien l'air d'être composé de fans comme nous. Les deux groupes fusionnent : chic, on est au moins cent cinquante, maintenant. Forcément, la photo des maisons d'enfance de Bruce sans personne devant, c'est moins facile à 150, mais bon, ne boudons quand même pas notre joie pour si peu. Ballade à travers la petite ville du troupeau de japonais locaux (c'est nous !). Les appareils photos crépitent (même sans flash, c'est dire !).

Une horde de fans à l'assaut de South Street...

        Puis, Asbury Park (je vous la fais courte, sinon on y est encore demain, et l'essentiel est quand même de vous parler de ce ferry boite). Ah, Asbury Park, le Casino (en piètre état), le Palace (en voie de disparition), le boardwalk (en cours de destruction), le convention hall, Tillie (pas fringuant), le Stone Pony (fraîchement racheté) où nous attend avec courage.. qui ça ? Mais oui, Vini Lopez himself, qui, arborant fièrement un t-shirt "Born In The U.S.A. ... A long long time ago", pose patiemment avec les 150 d'affilée !

L'entrée du Stone Pony  Le Boardwalk, au fond, le Convention Hall, la guérite de Madam' Marie et la Paramount Theater  Vini Lopez devant l'entrée des artistes du Stone Pony
Greetings From Asbury Park, NJ : Le Stone Pony, Le Boardwalk, Vini "Mad Dog" Lopez


        Vers 17h00, nos GO anglais comprennent qu'il faudrait peut-être qu'on s'arrête quelque part pour manger, car les glaces à l'eau et la bière ne vont pas le faire éternellement (quoique le spécimen anglais n'a même pas besoin de la glace à l'eau, en fait). Bref, tout était prévu. Après 1/2 heure de bus qui nous permet de traverser quelques bourgades plaisantes (Deal, ville de naissance de Patti Scialfa, Red Bank...), et de longer le Jersey Shore, nous arrivons chez le pote éternel de nos GO, j'ai nommé Crazy Johnny, qui, pour "rendre service" (sic), s'est fendu de 12 feuilles de salade et de 3 steaks hachés pour nourrir nos 150 ventres affamés grâce à son menu spécial "eat all you can for 26 $" . Ça va pas le faire, j'vous dis, vu qu'après l'invasion britannique, il n'y a même plus une seule table de libre et qu'il y a à peine à manger pour 8. Donc, c'est le ventre vide (ce qui, finalement, n'est pas plus mal) que nous nous préparons, vers 19h00, à entamer (enfoncer ?) le clou de la journée : la ballade en bateau le long de l'Hudson river. "We went down to the river..."

        Je la sentais mal, cette virée en ferry boite, il commençait à cailler et à se faire tard, le ciel était gris, j'avais faim (et sommeil... pardon, désolé), et je pensais à Bruce chantant "Trouble River". Je m'apprétais à renoncer à la ballade (pas même sûr de récupérer les 40 $ du ticket), lorsque par solidarité, j'ai finalement décidé de ne pas quitter la joyeuse bande (car c'est bien elle qui nous a sauvés du désastre total). Bref, le bateau quitte la berge, avec la promesse d'un musicien pour chanter live quelques chansons du boss. Las, à la place, une sono pourrave crache inlassablement le live 1975-85. La nuit tombe, les berges de l'Hudson River sont inintéressantes au possible, mais Cécile prend des photos...c'est pas grave, au moins on avance. Serge ("Rockerman") plaisante, Cécile ("The Angel") prend des photos (étonnant, non ?), je me calfeutre dans mon t-shirt à l'abri du vent. Je pense à mes copains de chambrée restés in the City et qui doivent déjà être arrivés chez Gallagher (la meilleure viande de NYC) pour se taper un steak fondant et saignant (et chaud à l'intérieur) d'au moins 800g. Bon, c'est pas tout ça, mais faudrait rentrer, maintenant, pensais-je si fort que tout le monde l'a entendu... sauf le capitaine du bateau, c'est bien dommage. Bref, sous le ciel noir du Jersey (ah, je l'ai compris le besoin impérieux de Bruce de se barrer en courrant de ce "piège mortel"), le bateau décide finalement de nous ramener au port. Oui mais voilà, le capitaine, marin même pas d'eau douce, a eu son permis bateau en chantant "Thunder road" a capella sur le boardwalk, et les courants de la rivière lui posent de sacrés problèmes. Bref, après 6 tentatives infructueuses pour accoster sa gazinière flottante, il décide de se garer "en marche avant". Ouf, on y est, sauf que du coup, le bateau est dans le mauvais sens, et qu'on ne peut plus fixer les passerelles pour aller à quai. Nous voilà prisonniers, contraints de sauter du pont en escaladant le parapet, en essayant de ne pas gouter aux eaux fraîches de la rivière (on n'avait rien mangé, donc, c'est normal, on n'avait pas soif). De toute façon, la baignade n'était pas comprise dans le prix de l'excursion. Quelques irréductibles (non pas gaulois car nous avons été exemplaires dans cette affaire, à l'image de Serge (a.k.a. "Rockerman") qui a ouvert la voie - et moi qui ai ouvert la voix), quelques britons, donc, refusent de descendre du bateau, histoire de nous mettre encore un peu plus en retard pour le concert au Stone Pony. Police, girophares ("local cops, cherry tops"... ça y est, j'ai enfin compris le pourquoi de cette délicieuse ballade nocturne, c'était pour nous faire vivre l'enfer du Jersey).

Accostage de fortune pour les boat people du Venture...
Cécile sauvée , Etienne sauvé...Tramps n°4 va pouvoir sortir...

        22h00 passées. On arrive au Stone Pony. Prêts pour le concert. Je fonce à la baraque à frites et hot-dogs en face du Pony. J'ai jamais rien mangé de meilleur (enfin, de la journée...). Le Ouin-Ouin de la scène rock du NJ se pointe sur la scène. On dirait un peu Bruce en 95, jusqu'à ce qu'il se mette à chanter. Et là, je peux vous le dire, "Grushecky m'a tuer". J'ai rapidement filé dans le bus pour aller pioncer. J'ai eu bien raison. Samedi soir, au Giants Stadium, j'étais presque autant en forme que Bruce, qui nous a donné un concert majestueux. Cela dit, toutes ces paroles que je connaissais par coeur avaient subitement un goût différent, prenaient un sens plus réel. Sur My City Of Ruins, j'étais en pensée à Asbury Park, dans la "zone". J'avais l'impression de comprendre, enfin. Les autres aussi, forcément. En tout cas, on ne l'avait pas volé.

    
"The boarded-up windows, the empty streets... My city's in ruins" (My City's In Ruins - The Rising, 2002)



À mes camarades "boat people" de cet épisode inédit
et "titan(ic)esque" de "la croisière s'amuse".

Les "Frenchies" autour de Vini "Mad Dog" Lopez


Hugues Barrière
Sept. 2003