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Toute première fois |
Une
chronique parue dans le n°9 de (mai-juin 2003) |
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Montréal. Juillet
1984. Je venais de recevoir les pitoyables résultats scolaires
de ma 1ère année à Sup de Co (options rock'n'roll,
baby-foot et tarpé) et j'entamais sans grande conviction un stage
d'été dans la filiale canadienne du Crédit du Nord.
Tel un apprenti businessman à peine majeur en escale de l'autre
côté de l'Atlantique, je parcourais péniblement au
volant d'une Buick Century les artères de la ville - et
surtout de sa banlieue - à la recherche de débouchés
commerciaux pour nos industriels hexagonaux. "
Ce soir
Quelques heures plus tard, j'entre dans l'arène habituellement réservée aux matchs de Hockey, et gagne ma place, serein, frais de corps et d'esprit, encore innocent. Les sièges rouges, la forme et la taille de la salle rappellent beaucoup Bercy. Mon voisin de droite m'informe spontanément que Montréal n'est que la sixième étape de la naissante tournée Born in the U.S.A., et que ça promet d'être " grindiose ". " Lui lô " ajoute-t-il en pointant du pouce son autre voisin, " l'ô d'jà vu Springsteen en 81 icite, pi en 78 aussi ". Pour ne pas enterrer la conversation, je les interroge : " et qui c'est qui va faire la première partie cette année ? " Les deux me renvoient un regard dubitatif, et, avec une gentillesse toute québécoise, commencent mon éducation springsteenienne Le temps de m'inculquer quelques fondamentaux, et les lumières s'éteignent dans une rumeur confuse puis rapidement scandée : " B'oooce, b'oooce, b'oooce " J'aurais dû mieux respirer avant que ça commence, et je vous recommande de bien le faire avant de lire cette setlist : Born in the U.S.A. / Tenth Avenue Freeze-Out / Out in the Street / Atlantic City / Johnny 99 (il n'y avait pas eu de tournée Nebraska et ces deux morceaux étaient tout aussi nouveaux et bienvenus que ceux de Born in the U.S.A.) / The River / Prove It All Night / Glory Days / The Promised Land / Used Cars (dites-moi, qui l'a entendu en concert depuis ?) / My Hometown / Badlands / Thunder Road. À la pause, j'étais déjà convaincu et presque converti, bien qu'un peu inquiet. Cela faisait bien dix minutes que les lumières s'étaient rallumées, et le groupe ne revenait toujours pas. De leur côté, les spectateurs n'avaient pas l'air décidé à partir. Je me tourne vers mes tuteurs : " à peine une heure et demie, c'est un peu court, non ? Y'a pas de rappels ? " Nouveaux regards dubitatifs. Suite de la leçon. Deuxième set : Hungry Heart (bien incapable de chanter le premier couplet avec le public, me sentant bête et frustré, " je jurai, confus mais un peu tard, qu'on ne m'y prendrait plus ")/ Cadillac Ranch / Dancing in the Dark (c'est qui la veinarde qui monte sur scène ?) / Sherry Darling / No Surrender (acoustique, pour souffler un peu, et dédié à Little Steven) / Because the Night / Pink Cadillac (un inédit !) / Fire (et re-inédit !!) / Bobby Jean / Backstreets / Rosalita (présentation du E Street Band avec les petits nouveaux, Nils et une certaine Patti, une rouquine parmi tous ces mecs, au fond, avec un tambourin ) / Jungleland (c'était le temps où il y avait Backstreets ET Jungleland) / Born to Run. Par trop inexpérimenté, j'avais abandonné mes dernières forces pendant Rosalita et Born to Run que je pris à tort pour le bouquet final. Grave erreur Pourtant, cela faisait tout de même trois heures que je dansais les bras levés. Prêt pour les bis ? Street Fighting Man (à l'époque où les reprises n'étaient pas si rares) / Twist and Shout en medley endiablé (pour la première fois) avec Do You Love Me (au point où j'en étais, un quart d'heure de cuisson de plus ou de moins ne faisait plus de différence !). " You gotta be tired ! " hurle le Patron de la scène. Tu parles, si je suis fatigué ! Mais nous n'allions pas nous quitter comme ça, sans un petit Detroit Medley survolté de plus de dix minutes (Devil With the Blue Dress / Jenny Take a Ride / CC Rider / Good Golly Miss Molly / I Hear a Train). " I'm just a prisonner of rock'n'roll " Je ne sais plus comme je suis reparti, en métro ou en ambulance, mais bel et bien rempli de l'énergie de ce show survitaminé, 0% de matières grasses, rien que du pur rock'n'roll entièrement pris dans les meilleurs morceaux. Au début de la tournée, on ne parlait pas encore de la bossmania, mais celle-ci n'allait pas tarder à pointer le bout de sa folie. À voir ce concert, il n'y avait pas besoin d'être devin pour sentir que la cocotte du succès était prête à exploser. À partir de ce jour, il s'est mis
à faire beau jusqu'à la fin de l'été, je suis
" tombé en amour " avec le Québec et j'ai consacré
le plus de temps possible à la connaissance de l'uvre et
de la vie du Saint Patron du rock'n'roll, son Altesse Patronissime, Bruce
Springsteen.
Hugues
Barrière |
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