Mardi
21 octobre, 18h00. Nous retrouvons John Lyon alias Southside Johnny,
ponctuel et souriant, au bar de son hôtel, peu avant le concert
mémorable de près de trois heures qu'il délivrera
le soir même au Trabendo, en compagnie de ses légendaires
Asbury Jukes. Chaussé de ses éternelles converse,
Southside a l'air d'un jeune homme et ne fait vraiment pas ses 55 ans.
Il commande un Whisky Sour, me met à l'aise pour évoquer
tous les sujets que je souhaite, et nous pouvons alors commencer. Riche
d'une carrière de presque quarante ans - dont le terme ne semble
assurément pas pour tout de suite - et de quinze disques, sans
compter les compilations ni les live, le chanteur harmoniciste du New
Jersey, ami de Bruce Springsteen, du E Street Band au grand complet
et de Bon Jovi, retrace avec nous les temps forts - et faibles - de
ses années sur la route et en studio. Plus en forme que jamais,
celui dont le surnom fut attribué par Springsteen, à l'époque
de leur collaboration dans Dr Zoom and the Sonic Boom, parce qu'il était
un fan de la musique jouée dans les quartiers sud Chicago, n'en
finit pas d'achever une tournée de près de 18 mois à
travers les Etats-Unis et l'Europe. Fidèle à ses racines
musicales faites de Blues, de Soul, de Rhythm & Blues et de Rock
bien cuivré, il a baptisé il y a belle lurette son groupe
les " Asbury Jukes ", non seulement parce qu'ils ont débuté
ensemble avec lui à Asbury Park, New Jersey (ça c'est
pour Asbury), mais également en référence au groupe
et au tube (" Juke ") de son idole, le bluesman et harmoniciste
de génie Little Walter, en grande partie responsable de sa vocation.
La tournée a été plutôt longue. Elle
en est à 18 mois environ, plus de 110 concerts.
Oui, quelque chose comme ça. Ben, faut bien qu'il y en ait quelques-uns
qui travaillent ! Probablement un peu plus en fait, car tous les concerts
ne sont pas référencés. Nous faisons aussi des
concerts privés, et des concerts de charité, aussi.
Deux
DVD viennent de sortir. Vous avez une actualité assez remplie.
C'est l'idée de quelqu'un d'autre, en fait. Le premier est un
concert de l'année dernière. L'autre est quelque chose
qu'on a fait il y a dix ans environ, et que j'ai décidé
de sortir maintenant. Il s'agit plus d'une coïncidence que de quoi
que ce soit d'autre. Mais c'est bien, cela dit, avec l'album qui est
sorti l'année dernière et celui de l'année avant,
on travaille beaucoup, et on dirait qu'il y a pas mal de choses qui
se passent, et c'est gratifiant pour quelqu'un qui ne passe plus tant
que ça à la radio. Il y a eu parfois huit ans voire dix
ans entre deux albums. Mais les gens viennent toujours nous voir et
on a encore la force de travailler autant. Par chance, j'aime toujours
ça, sinon je m'ennuierais à mourir. Cela dit, je devrais
sortir un autre album live. Il y a des tas de choses que je n'ai pas
enregistrées moi-même, mais que les maisons de disques
ont enregistrées, donc bien sûr, quand vous quittez la
maison de disques, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, parce que c'est
dans le contrat. Mais j'aimerais bien sortir un album live, avec les
nouvelles chansons et tous les trucs déments qu'on fait sur scène.
Je ne sais même pas ce qu'on va faire ce soir, donc ce serait
marrant de réécouter toutes ces cassettes et de voir ce
qu'on a.
Vous avez débuté il y a trente ans
En fait, ça en fait quarante. J'ai commencé à
seize ans. Mais je n'ai commencé à enregistrer qu'en 76,
donc ça fait quoi, trente ans. Et bien sûr, j'ai joué
dans des groupes pendant dix ans avant ça. Pas ce groupe-ci.
Ce groupe-ci [les Asbury Jukes] je l'ai constitué vers 71 ou
72, donc le groupe a environ trente ans.
Southside
Johnny & the Asbury Jukes
Rétrospectivement, que vous inspirent toutes ces années
?
Quand j'ai commencé à chanter, j'avais seize ans, je
ne pensais vraiment pas devenir chanteur. Un de mes amis m'avait demandé
de chanter dans son groupe parce que j'avais l'habitude de traîner
avec lui. On chantait ensemble et on jouait de l'harmonica, et on faisait
du blues. Et il savait que j'aimais ça. Mais je n'y avais jamais
vraiment pensé avant ça. Et maintenant, près de
quarante ans plus tard, ça m'est difficile de réaliser
que j'en ai fait une carrière, ça s'est juste passé
de cette façon. Je crois que ce qui m'a fait continuer toutes
ces années, c'est que je n'avais rien de mieux à faire.
Mais partant de là, je me suis dit qu'il fallait que je le fasse
du mieux possible. Et je crois que c'est ça que les gens apprécient.
Ce n'est pas du show business sur scène, on travaille dur. Donc,
faire tous ces albums a été une assez grosse surprise
pour moi, durer toutes ces années a aussi été une
assez grosse surprise. Quand on a fait le premier album, I
don't wanna go home, pour CBS Epic Records, en 1976, personne n'aimait
les groupes avec des cuivres, à part Chicago, je crois, mais
on n'était pas comme eux, et je pensais qu'ils feraient des trucs
que nous n'avions pas envie de faire, et que, donc, ce serait mon dernier
album. Donc je trouve ça vraiment étonnant. C'est pas
des conneries. Je ne sais pas comment c'est arrivé. J'ai toujours
fait ce que j'avais envie de faire. J'ai essayé de faire les
disques que je voulais faire. On est pas comme beaucoup d'autres groupes.
Donc avoir duré si longtemps, avoir encore un public et être
capable d'aller partout en Europe et en Amérique, c'est génial,
c'est vraiment ce que c'est, c'est plutôt étourdissant.
On n'a jamais eu de tube, on n'a jamais en de disque d'or. On a été
tenaces. Le bulldog ? C'est moi.
Quels seraient selon vous les point culminant et point faible de votre
carrière ?
Le creux de la vague a été il y a quelques années.
J'ai arrêté. Je ne pouvais vraiment plus supporter le monde
de la musique, ma femme et moi avions divorcé, ma mère
venait de décéder, j'ai eu des problèmes de santé,
et j'ai juste pensé : putain, je ne veux plus faire ça.
J'étais sur scène, et j'étais pitoyable et malheureux.
Quand j'ai commencé à chanter pour faire des disques,
je m'étais dis : " écoute, tu vas faire ça
jusqu'à ce que tu n'aimes plus ça. Tu ne seras jamais
un de ces gars sur scène, qui fait ça sans que ça
lui plaise, juste pour l'argent ". Alors, j'ai arrêté.
Je n'ai plus parlé à personne, je veux dire vraiment personne,
pendant des mois. Je n'ai plus vu personne. C'était dur. En plus
ça c'est passé pendant un des hivers les plus rudes dans
le New Jersey ; donc c'était une époque . Mais finalement
je m'en suis sorti.
C'était dans les années 90 ?
Oui, c'était en 1995, 1996 et 1997, c'était après
Better Days. Mais c'était plus dur que
je ne l'aurais pensé, de ne plus vouloir rien faire du tout.
Je ne voulais plus jouer, je ne voulais plus écrire de musique,
parler à qui que ce soit, mais je n'avais pas non plus l'argent
qui me permettait de vivre jusqu'à la fin de mes jours sans rien
faire, donc j'étais confronté à la fin d'une certaine
vie. Mais je m'en foutais, j'étais si déprimé que
je me foutais de ce qui pouvait advenir. Je restais assis et je buvais
du whiskey, je lisais des livres, j'avais une petite cheminée
ou je faisais du feu. Pas de télé. Rien. Juste rester
là assis dans mon fauteuil. Mais finalement je m'en suis sorti,
Dieu merci.
Qu'est ce qui vous a redonné le goût de monter sur scène
et de chanter à nouveau ?
Garry Tallent est une des raisons. Ce que j'ai fait, c'est
que j'ai conduit 3000 miles, à travers toute l'Amérique,
je séjournais dans des hôtels pas chers, et j'écoutais
les gens parler, je cherchais des vieux disques et je vadrouillais à
travers le pays. Au cours de mes vadrouilles, j'ai eu l'occasion de
parler à Garry Tallent, il m'a laissé un message sur mon
répondeur. Il m'a dit de l'appeler. Je ne voulais pas appeler
qui que ce soit mais je l'ai fait. Il a dit, je vais venir en Floride
avec ma famille et des amis. Viens me voir si tu veux. Mais j'ai dit
: " non, je ne veux pas voir qui que ce soit, je ne veux voir
personne ". Mais je l'ai fait quand même, et c'étaient
des gens géniaux. Et il m'a dit : " écoute, on
devrait faire le disque qu'on a toujours parlé de faire ensemble
". Parce que Garry et moi, on est des amis du Lycée. Je
l'ai connu avant de connaître Steve Van Zandt ou Bruce Springsteen.
Et il est producteur. Il produit des tas de choses, il a dit qu'il avait
un studio à Nashville, que je pouvais habiter chez lui, qu'il
y avait un tas d'auteurs, et que quoi que je fasse, je pourrais écouter
des disques de blues et rencontrer des amis. Et au fur et à mesure
je suis revenu.
Il était disponible, à l'époque, non ?
Et il était disponible parce que Bruce n'était pas en
tournée. Et dès qu'on a commencé à projeter
de le faire, Bruce a dit " allez, on y retourne ",
mais on l'a fait quand même. On a fait avec. C'était génial,
ça m'a vraiment sorti de l'auberge.
Donc, c'est Garry Tallent qui vous a remis en scène ?
Oui, parmi beaucoup d'autres facteurs aussi, mais il a tellement facilité
les choses, c'était si facile de travailler avec lui. Il me comprend,
et il sait quand me laisser aller, et faire ce que je veux, et quand
il pense que ce n'est pas comme ça qu'on devrait faire, il dit
" tiens, on pourrait faire un truc dans ce genre ".
On a une collection de disque commune, alors on l'a reparcourue, on
a écouté des disques, des chansons à faire. On
s'est bien amusé, à écouter toutes ces faces B.
On a 5000 disques, on s'est mis à écouter tous ces disques
obscurs. " Tiens, essayons-ci, essayons ça. "
C'est devenu agréable. Cela a surpassé le fait que je
m'en foutais et tous les autres trucs. J'aime la musique parce que la
musique me rend heureux. L'écouter, la jouer, l'écrire,
et tout, c'est mon plus grand plaisir. Mais ça a cessé
d'être le cas. On travaillait tout le temps, on travaillait trop,
Working Too Hard parle de ça. Donc, c'est lui qui m'a ramené
à faire de la musique. Aussi, vivre à Nashville, j'ai
déménagé à Nashville, et j'ai rencontré
plein de gens avec qui je faisais des bufs, dans des cafés
et des endroits comme ça, à jouer de l'harmonica et à
chanter, et personne ne savait qui j'étais, vraiment. Et ça
m'a rappelé que j'aimais faire ça, que j'y prenais du
plaisir, et c'est ce qui s'est passé. Je suis sorti de la dépression.
C'était une démarche positive
Oui, et ça m'a rappelé comment on était autrefois,
car Garry et moi on avait l'habitude de on avait un ami qui chantait
du folk, et on allait jouer avec lui, on avait un groupe dans lequel
on jouait, on jammait avec ce type, on jouait dans les sous-sols, n'importe
où, juste pour jouer, et c'est ça qu'on faisait à
Nashville : jouer.
C'est à ce moment que votre passion pour la musique a été
salvatrice plutôt que destructrice
La partie qui vous consume dans cette passion est de travailler tout
le temps, le travail qu'il faut continuellement accomplir pour conserver
un public, être continuellement présent, je veux dire,
c'est fatiguant d'être toujours sur la route, d'être à
Paris, à Londres, tout ça. Ça fait beaucoup d'heures
passées à voyager et à travailler, à toujours
se faire su souci pour le concert, savoir si ça se passera bien.
C'est très débilitant. Et quand vous n'en retirez rien
à part jouer, c'est dur.
Vous avez mentionné votre collection de 5000 disques, donc une
majorité de vieux blues, montée avec Garry Tallent. Est-ce
pour cela que vous avez voulu enregistré avec un son très
roots votre précédent album Messin'
With the Blues ?
Exactement. On voulait que ça sonne comme les disques qu'on
écoutait. On ne voulait aucune perfectionnement artificiel du
son. On voulait que ce soit un son basique avec un guitariste, un batteur,
un bassiste, un claviériste, des cuivres, des voix, et des erreurs.
On a passé beaucoup de temps en studio à essayer de jouer
ces chansons dans telle ou telle tonalité, tel ou tel tempo,
essayant des changements accords, j'écrivais les paroles, de
façon vraiment spontanée. Enfin, c'est ce son qu'on a
recherché, et Garry a fait un super boulot.
Après toutes ces années, vous avez toujours la même
spontanéité et générosité sur scène
comme sur disque, mais vous montrez également aujourd'hui une
certaine distance, un certain sens de l'humour et une certaine sagesse,
qui ne sont pas courants dans le monde du rock.
Il
est intéressant de remarquer que beaucoup d'artistes de rock,
au cours de l'histoire, sont venus au rock d'un point de vue ..
Mais c'est bien aussi que nous [les Jukes] n'ayons jamais été
un groupe de rock de style ado. Je n'ai pas enregistré avant
d'avoir presque la trentaine, donc on ne fait pas de la musique d'ado.
Car la Soul, le R&B et le Blues, bien sûr, sont des musiques
très adultes. Donc, quand ce n'est pas stupide, vous pouvez continuer
à en faire en vieillissant. Si vous voulez rajeunir, vous pouvez
chanter un blues, et vous vous dites, " ouais, je sais ce que
signifie cette chanson ". Mais pour l'humour, c'est vraiment
moi. Et la spontanéité, je ne veux jamais refaire la même
chose, sinon je m'ennuie. C'est pour ça que je suis rentré
dans le monde de la musique, parce que je ne voulais pas aller travailler
tous les jours. Et faire le même boulot tous les jours. Je ne
pourrais pas faire ça. Donc, je change à chaque concert,
et heureusement j'ai Bobby [Bandiera] et les autres qui peuvent faire
avec, ou même proposer leurs propres idées, et s'ils veulent
essayer quelque chose, moi je suis d'accord. On explore toutes les directions
qu'on souhaite. On prend la musique sérieusement mais nous, on
ne se prend pas au sérieux. Et on a plus d'énergie lorsqu'on
n'est pas sûr de ce qui va se passer. Donc, il faut avoir confiance
en soi, il faut avoir foi en soi et dans le groupe. Mais il faut aussi
être ouvert à l'idée de dire " OK, ce soir
on va essayer comme ça ". C'est amusant, ça rend
les choses sympa.
Vous avez presque 55 ans. Est-ce que vous envisagez de devenir un papi
du rock, de continuer à tourner ou de prendre votre retraite
un jour ?
Je ne sais pas quoi faire d'autre. Il est trop tard pour que je devienne
neuro-chirurgien, maintenant. J'apprécie l'idée
d'explorer la musique. Je ne sais pas dans quelle mesure je pourrais
changer, mais pour l'instant, ce que je fais me plait.
Vous êtes actuellement dans une meilleure phase
Absolument. On a fait deux supers concerts les soirs précédents,
et ça vous met vraiment en forme. Un mauvais concert vous fout
vraiment par terre. Mais après un bon concert, on se dit "
OK, je suis prêt pour le suivant ".
Y a-t-il une chanson parmi toutes celles écrites et enregistrées
qui résumerait bien ou symboliserait bien votre carrière
?
Je ne sais pas s'il y en a une. I don't wanna go home est une chanson
qui continue parce que c'est la première chanson qui a
attiré l'attention sur nous. Et j'adore cette chanson, elle a
une super mélodie et de super paroles. Mais j'aime aussi le fait
de créer, c'est une façon de dire, " hé,
on est toujours là ". Il y en a beaucoup, en fait, ça
dépend de jours.
Vous avez déclaré que vous ne vous accommodiez pas beaucoup
des maisons de disques ni de l'industrie musicale
Toujours pas !
Est-ce pour cela que vous avez fondé votre propre maison de disque,
Leroy records ?
Oui. Et en plus avec Internet, je peux arriver au même résultat
sans perdre de l'argent, et je n'ai jamais gagné d'argent avec
mes anciennes maisons de disques, alors je me suis dit " bon
sang, à quoi ils peuvent bien me servir ". Je peux financer
l'enregistrement, en fait, on fait ça logiquement, jusqu'à
tant qu'il y a de l'argent à la banque et ensuite, on peut partir
en tournée, car c'est là qu'on gagne de l'argent, donc
pourquoi est-ce que j'aurais besoin d'une maison de disques pour faire
ça. Et avec les studios d'enregistrement chez soi, on peut faire
plein de choses, et c'est génial, je ne suis pas obligé
de parler à qui que ce soit à propos de faire telle ou
telle chanson, surtout pas à un idiot d'une maison de disques.
Je peux aller à mon propre rythme, faire les choses que je veux,
faire les blagues que je veux, je peux faire tout ce que je veux. Non
pas que ce n'ait jamais été le cas. Je ne veux pas que
vous pensiez qu'on a toujours plié devant une maison de disque,
ça n'a jamais été le cas. Steve et moi, on a toujours
été très clairs là-dessus. Mais il y avait
toujours la condition qu'ils allaient écouter et décider
s'ils allaient aimer ou non. Mais moi je me fous de savoir s'ils aiment
ou pas. Je veux seulement savoir si les fans vont aimer ou pas. Je me
suis dit " mais qui sont ces gens ? Pourquoi aurais-je besoin
d'eux ? " C'est super quand ils peuvent vous promouvoir dans
le monde entier et vous faire passer sur les ondes, mais ils ne le font
pas, à moins que vous soyez une fillette de quinze ans avec des
gros nichons. À 55 ans, après tous ces albums, je n'ai
jamais eu un grand succès, donc, il n'y a pas de maison de disque
qui va se battre pour moi, ils ne vont pas miser beaucoup d'argent sur
moi, donc je n'ai pas besoin d'eux. Ça n'aurait pas de sens,
ce ne serait pas logique. Donc, ça me donne la liberté
de leur dire " allez vous faire foutre ".
Etait-ce aussi un moyen de conserver votre intégrité artistique
?
Intégrité, c'est un bien grand mot. Pour moi, il s'agit
surtout de s'amuser, une chance de se lâcher, de faire les concerts
dont on a envie, la musique qu'on veut faire, dire les choses qu'on
veut dire. Je ne suis pas un Auguste profond. Je suis un rock'n'roller
Je fais ça parce que je le veux bien. Je n'ai pas cette grande
et profonde vision artistique de ce que je devrais faire. Je préfère
sentir l'émotion qui ressort d'une chanson, avoir des paroles
décentes, et au-delà de ça, cela m'importe peu.
Parlons de vos influences. De par votre surnom et celui de votre groupe,
on peut aisément déceler vos influences venant du Blues,
de Chicago, de Little Walter. En quoi cette musique vous a-t-elle influencée
?
C'est la raison pour laquelle j'ai commencé à jouer de
l'harmonica. J'écoutais tous ces disques du début des
années soixante, nous avions une station de radio dans le New
Jersey qui passait cette musique, une station de radio noire, et c'est
ça que nous écoutions mon frère Tom et moi. Et
c'est ça que j'ai joué quand j'ai commencé à
jouer dans des groupes. Cela ne m'intéressait pas de faire des
trucs des Beach Boys ou des Beatles. Donc, ça donnait ce spectacle
de cet adolescent squelettique blanc de 16 ans d'Ocean Grove, New Jersey
qui chantait des chansons d'Elmore James et de Muddy Waters. Mais c'est
ça qu'on voulait faire, c'est ce que je voulais faire, et donc
c'est ce que j'ai fait. Mais tout aussi importants étaient les
morceaux de Soul d'Otis Redding, de Sam & Dave, et des groupes vocaux
comme les Coasters, les Flamingos, juste toutes ces musiques géniales
qui venaient des années cinquante et soixante, de la Soul honnête
et sincère, et pas les trucs pop. La première fois que
j'ai entendu Otis Redding, je suis resté bouche bée. C'est
même étonnant qu'on l'ai laissé faire des disques,
parce qu'il était si fruste et honnête, par opposition
aux choses artificielles que les maisons de disques voulaient sortir,
mais il y avait de plus petits labels, et les radios l'ont passé,
et les gens sont devenus dingues, parce que cela ne pouvait pas être
rejeté, et c'est ça qui nous a influencés. Nous
avons entendu tant de choses dans ces chansons qui étaient si
réelles. Et quand vous absorbez cela en vous, cela devient difficile
de continuer à chanter des trucs pop. Cela ne vous procure aucun
retour émotionnel. C'était une époque bénie
pour nous. Je suis né en 48, j'ai grandi dans les années
cinquante, mes parents aimaient ce type de musique, donc on n'a jamais
vraiment écouté beaucoup de trucs pop, on en entendait,
bien sûr, mais c'était de la musique d'extra-terrestres
pour nous, mon frère et moi. Cela semblait simplement ne pas
contenir ni véhiculer quoi que soit. Il n'y avait pas vraiment
de raison d'écouter ça à part, peut-être,
un joli son. Et ça ne nous intéressait pas beaucoup. On
voulait écouter du Elmore James avec cette guitare discordante
et cette voix intense. Quand on tombe sur des trucs comme ça,
c'est comme d'apprendre à aimer le bon bourbon ou le cognac,
et de retourner boire du coca-cola. Moi, je ne veux plus de ça.
Southside
Johnny au Trabendo le 21 novembre 2003
Qu'est-ce qui vous a conduit à écrire vos propres textes
de chansons ?
J'ai toujours beaucoup écrit depuis que je suis adolescent.
Seulement je n'avais jamais eu le courage de les montrer, avant d'en
faire des disques.
Vous avez fait des études de littérature très poussées.
Cela vous a-t-il influencé dans votre écriture ?
Pas tant que ça. C'est difficile de transposer ce que vous lisez
dans la littérature vers l'écriture de paroles pour du
rock ou de la soul, parce que c'est quelque chose qui se nourrit de
votre vie émotionnelle, les hommes et les femmes, le boulot,
la vie. Pour moi, c'est dur de rendre ça littéraire. Je
veux simplement dire la vérité sur ce que je ressens.
En utilisant les mots les meilleurs. Mais il n'y a pas beaucoup de place,
chez moi, pour l'exploration littéraire. J'aimerais bien être
un meilleur auteur. Je préfère un mode d'expression plus
direct.
Vous avez beaucoup fréquenté Bruce Springsteen, dont la
production a toujours été très prolifique. Est-ce
que, d'une manière ou d'une autre, être en contact avec
Springsteen vous a bloqué ou intimidé sur le plan créatif
?
Oui. Il est intimidant. Mais moi, je me suis toujours considéré
comme quelqu'un de différent et de sensible. J'étais juste
un type du genre à laisser faire les choses. Je ne me prenais
pas beaucoup la tête. Je ne pensais pas beaucoup à ma position
dans le monde, à être un grand artiste. C'était
plutôt : " putain, montez le son, mettez-moi sur scène,
filez moi un verre, et allons-y ". Donc quand on pense pas
à soi en ces termes, c'est moins difficile. Mais c'est quand
même intimidant. Je me rappelle quand il enregistrait Born
to Run, avant qu'il n'entre en production. Et il y avait toutes
ces chansons, genre cinquante chansons. Et c'était " oh,
et celle-ci, et celle-là ". C'est comme ça
qu'il nous a donné The fever,
pour notre premier album. Je lui ai dit " tu ne peux pas faire
ça, c'est une de tes meilleures chansons ". Il m'a dit "
tu devrais chanter cette chanson ". Je me suis mis au piano,
au Stone Pony. Mais j'ai dit " non, Bruce, tu ne peux pas nous
laisser faire ça, ça peut faire un tube pour toi !
" Mais il a répondu " non, non, ça ne s'intègre
pas dans ce que je suis en train de faire. " Et voilà.
Le fait est qu'il est si créatif et si génial. Mais je
me dis qu'il est lui, et que je suis moi. Et Steven et moi pensons pareil.
On est qui on est, on veut exprimer cela. Et on n'est pas en concurrence.
Aussi, je me dis qu'il aurait pu être quelqu'un d'autre, je veux
dire, autrement qu'il est, c'est à dire quelqu'un avec beaucoup
d'intégrité et de talent. Donc, je n'ai pas à me
plaindre.
Sans vouloir profiter de vos liens d'amitié avec Bruce, avez-vous
été tenté de lui demander davantage de chansons
ou de reprendre plus de ses chansons sur scène ?
Non. Pas vraiment. Parce que j'ai toujours pensé qu'on en avait
déjà fait pas mal. Parfois, on se méfie du risque
qu'il y ait trop d'association entre moi et lui. Non, je n'y ai jamais
pensé, à dire vrai. Il a toujours été généreux,
venant nous voir en disant " vous devriez essayer ceci, vous
devriez essayer cela ", et il a toujours vu juste. Peut-être
que je ne veux simplement pas pousser dans cette direction, ce ne serait
pas juste.
Vous avez fait d'innombrables reprises de différents artistes
sur disque et sur scène. Comment choisissez vous les chansons
que vous reprenez ?
Oh, je ne sais pas. J'écoute plein de trucs. Et occasionnellement,
vous vous dites " tiens, j'aimerais bien faire celui-là
". On remet ça dans un coin de sa tête, et quand le
moment est venu, on se dit " je suis sûr que ça
serait super ici " et on le ressort.
On dit que vous connaissez plus de mille chansons par cur ?
Facilement. Plus que ça même.
Quelles sont les chansons que vous décidez de retenir ? Sur quels
critères ?
Il y en a plein. Il faut la combinaison d'une chanson et d'un chanteur,
comme BB King avec les Drifters, ou une chanson de Leiber/Stoller ou
de Doc Pomus. La plupart du temps, je me pose pour apprendre des chansons.
Ella Fitzgerald, Gerschwin, Johnny Mercer, et plein d'autres choses,
et je les passe trois ou quatre fois dans la voiture et je les apprends.
Mais j'ai toujours été capable d'apprendre rapidement.
Ce qui est bien quand on travaille avec Steve. Parce que Steve demande
toujours " tu l'as ? tu la connais ? " - "
Oui, je l'ai, je la connais. " - " OK, on est prêt,
alors allons-y. " Donc la plupart, je m'en souviens comme ça.
Et les autres, je les apprends. Comme je disais tout à l'heure,
j'ai fait des trajets de 3000 miles en voiture. Je passais dix CD dont
j'extrayais vingt chansons et je les apprenais. Et ça me plaisait.
Je ne m'en souviens pas toujours spontanément, mais si je me
rafraîchis la mémoire, je m'en souviens.
Quel est le dernier CD que vous vous soyez procuré ?
Je viens juste d'acheter un bootleg d'Emmylou Harris, mais je ne me
souviens plus de son titre. C'était à Glasgow, quelque
chose " into grace ". Un coffret de Miles Davis avec Kind
Of Blue et Birth Of The Cool avec des morceaux inédits.
Donc beaucoup de country et de jazz ?
Oui, j'écoute de tout. Du classique, j'achète des CD
de musique classique. J'aime beaucoup le bluegrass. Il y a quelques
années, j'ai même écouté pas mal de trucs
folk stupides, comme Ian and Sylvia, des années soixante. Mimi
and Richard Fariña, de super chansons, de super paroles. Je regarde
toujours ce que je peux trouver.
Le line-up des Jukes a beaucoup changé au fil des ans. Comment
avez-vous vécu ces départs de vos musiciens, qui sont
en même temps vos amis ? Steve van Zandt, Billy Rush
Pour
Steve, on savait que ça devait arriver un jour ou l'autre et
on en avait parlé. Bruce commençait vraiment à
être un Dieu. Des tas de choses commençaient à se
passer pour lui. Il avait besoin de quelqu'un sur qui il pourrait vraiment
compter, et avec qui il pourrait s'entendre musicalement. Et c'est ce
que Steve avait attendu pendant longtemps. Alors Steve est venu et m'a
dit " tu sais, Bruce m'a demandé de venir avec lui "
et j'ai dit " il faut que tu y ailles, c'est une super opportunité
et il a besoin de toi, ne t'en fais pas, on va réussir aussi.
" Donc, ça ne m'a pas dérangé, et il n'y avait
sincèrement aucun sentiment vindicatif. On avait fait les quatre
cents coups ensemble et donc si quelqu'un a besoin de quelqu'un d'autre,
c'est la seule chose à faire. Aucun problème. Je ne suis
pas en train d'édulcorer la réalité pour vous.
S'il y avait eu un problème, je vous le dirais. Mais il n'y en
a pas eu ; ça ne m'a vraiment pas affecté. Peut-être
que j'aurais dû être vexé, mais je le l'ai pas été,
car cela ne m'a semblé être la bonne attitude à
adopter. La seule chose que j'ai dite, c'est qu'il nous fallait trouver
un autre guitariste, parce qu'on allait partir en tournée, et
que ça allait être un désastre sans guitariste !
Qu'avez vous pensé du travail de Billy Rush avec Serge Gainsbourg
?
J'ai rencontré Serge plusieurs fois, et c'était quelque
chose. Il est venu nous voir en concert une fois ou deux. Mais lui était
quelqu'un d'extraordinaire. Ce qu'a fait Billy pour lui, je trouvais
ça un peu disco, mais ça lui convenait, alors
Vous semblez vous impliquer personnellement dans votre site
Internet officiel. Vous y tenez une rubrique pleine d'humour.
Oui. Mais je ne vais pas sur le forum et ces trucs là. Je ne
veux pas me mêler de ce qu'ils y disent. Je ne veux pas avoir
cette présence autour de laquelle ils évolueraient. Mais
ils peuvent m'écrire. Et pour l'humour et la chronique, John's
Jive, oui, c'est moi !
Comment définiriez-vous votre relation avec vos fans ?
Je dirais qu'elle est assez étroite. Ils savent qu'ils peuvent
me gueuler dessus. S'ils estiment qu'un truc ne va pas, ils me le disent.
On est assez proches. Je ne me considère pas plus ni moins que
comme l'un d'entre eux, d'une certaine façon, je suis aussi un
type qui va bosser. Je ne me considère pas comme quelqu'un de
spécial, et ils le savent, pour la plupart. Quand je monte sur
scène, ils savent que je suis un mec qui fait le fou, et qui
chante. Je dois chanter, sinon, ils se barrent. Ils disent merde. Mais
ils ne me prennent pas tellement au sérieux, ce qui est très
bien.
Votre carrière ayant été longue, avez-vous l'impression
d'avoir connu plusieurs générations de public ou que ce
sont les mêmes qui vous ont suivi tout ce temps ?
Je ne fais pas vraiment attention à ça. Je joue ce que
j'ai envie de jouer. Heureusement, je touche tous ceux qui sont là,
mais je ne vais pas changer les choses.
Vous vous produisez dans des salles de tailles différentes. Où
préférez-vous jouer ?
Je préfère les clubs. C'est là que j'ai grandi.
J'ai joué avec Bon Jovi, mais je n'en retire pas grand chose.
Je ne voudrais certainement pas jouer au Madison Square Garden.
Vous chantez souvent pour des uvres caritatives. Quelles sont
les uvres que vous soutenez ?
Je n'en ai pas particulièrement. Si quelque chose se présente
et que ça a l'air sincère, je prends le temps de le faire.
C'est tout. C'est une façon aisée pour moi de dire merci.
Parmi les jeunes générations de musiciens, y en a-t-il
que vous aimiez ?
Il doit bien y en avoir. Mais, comme ça, je n'en vois pas. J'emmerde
tous les jeunes de toute façon. Ôtez-vous de mon chemin
!
Des projets en cours ? Des christmas shows pour Noël comme les
années précédentes ?
J'ai plusieurs projets de disques dans la tête. Je ne sais pas
lequel je vais faire en premier. Et je n'aime pas en parler, parce que
si je dis que je vais faire l'album de Polka, et que je fais en fait
l'album de Mazurka, les gens vont venir me voir en me disant que j'avais
dit que je ferais l'album de Polka. Mais ce sera avec le groupe. Pour
les christmas shows, je ne sais pas, et Bobby non plus. Cela dépendra
de Bruce, s'il fait quelque chose ou non.
Avez-vous envie de retenter une expérience acoustique comme avec
Steve en 73 (" Johnny & The kid ") ou plus récemment
dans les années 90, comme sur Spittin' Fire ?
Oui, j'ai envie de faire ça. Mais je préférerais
faire ça en tournée, plutôt que sur un album. Parce
que ça vous permet d'explorer différentes façons
d'interpréter les chansons et différents styles de chansons,
mais je ne sais pas quand je trouverai le temps de le faire. Mais oui,
un jour, j'aimerais repartir sur une tournée acoustique.
Disque
à disque
I
don't wanna go home
C'est le premier disque qu'on a fait, Steven et moi. Ni Steve ni moi
ne savions ce que nous faisions dans le studio, on était avec
Jimmy Iovine, l'ingénieur du son, et son assistant, Dave, et
c'étaient eux les producteurs. Jimmy a fini par posséder
la moitié du monde avec sa maison de disque Interscope Records.
Mais à l'époque on était tous jeunes, gonflés,
et on rentrait en douce dans le record plant parce qu'on n'avait pas
les moyens de se le louer, et Jimmy qui bossait là nous faisait
entrer en douce à trois heure du matin. C'est vraiment un sentiment
génial, qu'on ressent quand on est jeune, de sentir qu'on est
en train de réaliser quelque chose, qu'on va en sortir quelque
chose aux yeux de ceux qui font autorité, L'album était
génial, c'était une super expérience. On ne savait
pas ce qu'on faisait mais on s'est bien marrés à le faire.
Live
at the bottom line
On avait une bonne réputation sur scène, alors la maison
de disque a pensé qu'on pourrait faire un millier de copies d'un
disque live pour envoyer aux radios et parler du groupe. On a ainsi
enregistré des tas de chansons. Je ne sais pas ce que sont devenues
toutes ces bandes. Elles finiront bien par ressortir un jour. C'était
facile, en quelque sorte, dans le sens qu'il nous suffisait de jouer.
Mais à l'époque, on ne réalisait pas qu'on allait
faire des disques, qu'on avait une grande maison de disque. Et Ronnie
Spector et tout ça, on aurait dit que " wouaahhh, c'est
en train de nous arriver, alors laissons faire ". C'était
vraiment une sensation géniale.
This
time it's for real
Ça, c'était un peu plus étrange. J'ai enregistré
ça dans un vieux studio super à New York Studio, une grosse
cathédrale. Mais on devait utiliser l'ingénieur du son
du syndicat, et c'est vite devenu bizarre. Et on avait une section de
cordes et des groupes vocaux, tout ça et ça nous a vite
pris la tête. C'était notre deuxième album avec
Steve, et il en sorti de bonnes choses et quelques grandes chansons.
Je suis arrivé un jour au studio et la pièce était
remplie de sections de cordes, et Steve était par là,
qui les dirigeait, et c'était tellement bizarre. " Bon,
alors, je peux peut-être chanter quelques paroles ici sur cette
chanson " C'était marrant, mais la maison de disque
n'a pas aimé l'album. Donc ils nous en ont fait baver.
Hearts
of stone
C'était un album difficile à faire. J'étais en
tournée à l'époque. On descendait du bus à
New York on on allait tout droit au studio que Steve avait réservé.
On dormait sur le canapé au studio. On se levait, on chantait,
on écoutait des morceaux, Steve faisait des solos, je donnais
mon avis, et je retournais dormir sur la canapé. Je finissais
la semaine au studio, pendant les trois jours de repos que j'avais,
puis je remontais dans le bus pour aller à Cleveland, Youngstown,
Pittsburgh, et puis je revenais finir le travail. Nous avons enregistré
huit chansons que nous n'avons jamais utilisées, et nous avons
changé de studio, et la maison de disque était vraiment
embêtée à cause de ça, parce qu'on dépassait
le budget, qui était de 150 000 dollars, ce qui n'était
rien à l'époque, mais c'était tout ce qu'on avait
comme budget. Alors ils ont changé leurs équipes chez
Epic et les gens qui nous soutenaient sont partis, alors le nouveau
régime a envoyé des gens pour voir ce qu'on faisait, et
Steve et moi on a dit " Eh, c'est notre putain de disque, on
se fout de ce que pense ce gars ", alors on a fini à
l'intimidation, parce que ce gars se prenait pour un dur, alors on se
mettait juste à côté de lui, et on lui disait "
c'est génial, hein ? hein que c'est génial ? ".
Alors lui il répondait " euh, ouais, c'est génial.
" De toute façon, quand le disque est sorti, la maison
de disque n'y a pas cru. A l'époque, il y avait un Cheap Trick
qui sortait, et peut-être d'autres trucs aussi, je ne me souviens
plus, donc on a été noyé dans le flot. Mais c'était
bien. Le disque fini valait tout le travail fourni. On aimait vraiment
ce qu'on avait fait. Mais bien sûr, ce n'était pas aussi
marrant à faire que notre premier album, à cause des interférences.
Et Steve allait rejoindre Bruce, donc il paniquait à l'idée
de ne pas finir l'album avant de partir. Il y avait beaucoup de pression.
The
Jukes
On a fait ça près de Nashville, à Muscle Shoals.
C'était dur. Le groupe avait traversé pas mal de changements.
Certains gars n'avaient jamais enregistré. Donc c'était
vraiment la lutte pour enregistrer les principaux titres, et le résultat
n'a pas été aussi fort qu'il aurait dû. Il y a des
tas de choses dont nous sommes fiers dedans, mais ça aurait dû
être plus pêchu, plus inspiré.
Love
is a sacrifice
Je ne me souviens pas l'avoir fait. J'ai dû faire ça à
la maison de la musique de .. Je crois que je m'en suis pas trop
mal sorti pour ce qu'on essayait de faire, on expérimentait un
peu des choses dans tous les sens. Pas seulement de la soul, mais également
du rock'n'roll. Des choses sensiblement différentes. Certains
trucs ont réussi, d'autres pas, mais c'était un bonne
expérience. Et l'album a bien marché. Et ça nous
a fait du bien parce qu'on était en tournée, et il faut
dire que quand on fait un album, cela représente une pause dans
la tournée. On reste au même endroit pendant des semaines.
Et pour moi, ce sont des vacances. Parce qu'ensuite, quand c'est fini,
je retourne dans le bus. Et là, je pars complètement.
Reach
up and touch the sky
Ça, c'est l'album live, c'était marrant à faire.
On a pris tous les vieux titres, et on a enregistré neuf ou dix
concerts. Et j'ai pris les morceaux dont je trouvais qu'ils fonctionnaient
bien. Je ne voulais pas que ce soit autre chose que le groupe live.
Pas d'overdubs ni de trucs dans ce genre.
Trash
it up
C'était un terrible cauchemar. C'était à peu près
pendant la période où j'étais en pleine dépression,
je n'avais pas vraiment d'idées, je ne voulais pas faire un nouveau
disque. Billy Rush était chaud pour le faire, et il avait rencontré
Nile Rogers, Nile Rogers avait préparé des bandes de démo,
et il voulait vraiment le produire. Je me suis dit " laisse
tomber, ces deux mecs veulent le faire, pas moi, donc j'en serai juste
le chanteur " et je déteste et album. Il me fait dresser
les cheveux sur la tête, ce n'est pas ce que moi j'aurais fait.
Et c'est une des raisons pour lesquelles j'ai arrêté de
laisser d'autres gens produire ce que je fais, à part des gens
à qui je pourrais dire " je n'aime pas ci ou ça
". Non pas que je n'aie pas pu faire ça avec Billy et Nile,
mais je n'étais simplement pas présent pour le faire.
Je devrais m'en foutre. Et beaucoup de gens me disent qu'ils ne l'aiment
pas non plus. Moi, je ne sais pas, je ne peux pas l'écouter.
In
the heat
Je ne me souviens pas de celui-là non plus. Je crois qu'on est
juste entré en studio et qu'on a enregistré des chansons.
Je ne me souviens pas de grand chose sur celui-là.
At
least we got shoes
Ça c'était génial. C'était la première
fois que Bobby [Bandiera] était parmi nous. On était dans
ce petit studio qui appartenait à notre batteur, et c'était
vraiment, comme un vol de nuit, un moment rare, et Bob était
là. Pour moi, on s'est bien marrés à le faire.
On a vraiment eu un super retour de la part du groupe. Et il y a de
très bonnes choses dessus. Si j'avais su, j'aurais pris plus
de temps. Mais je suis toujours aussi sceptique sur le processus d'enregistrement.
Je pensais que c'était un mal nécessaire, pour me permettre
de continuer à tourner.
Slow
dance
C'était vraiment une bonne expérience pour moi. Je ne
crois pas qu'il ait marché aussi bien qu'il aurait dû,
parce qu'on utilisait des boites à rythme, et je voulais vraiment
m'éloigner de cette idée de jouer avec un groupe tout
entier, qui avait une personnalité donnée. C'est une des
raisons pour lesquelles j'ai utilisé d'autres musiciens, je voulais
essayer des choses différentes, et j'ai vraiment aimé
faire ce disque. Avec le recul, je pense que j'aurais pu le réussir
un peu plus, mais il y a de bonnes chansons dedans, je suis vraiment
satisfait de certaines des chansons, et c'est le premier album depuis
que j'écris où j'ai considéré que j'avais
écrit des chansons décentes.
Better
days
C'était une expérience folle. Celui-là était
vraiment très sympa. Steven a dit " ils veulent faire
un disque ". J'ai dit " qui ça ? "
- " Ces gars ! " - " Qu'est-ce qu'on va faire
? " - " Ben on va faire ce disque ". Bon,
d'accord. Alors on a appelé les copains du E Street Band. On
avait besoin d'un batteur, et on a appelé Max [Weinberg]. Et
puis Garry [Tallent]. Et ce type et celui-là. J'ai dit "
on fait quoi ? " et Steve a dit, " on va faire ça
en trois semaines ". Bon Jovi et Bruce [Springsteen] sont venus
avec une chanson, se sont mis au piano et l'ont joué. J'ai dit
" OK, allons-y ". Et voilà : ils l'ont joué,
on l'a enregistré, et c'était fait : " all the way
home ". j'ai dit à Steven : " si on passe trois
semaines à enregistrer, il en faudra encore deux ou trois pour
le mixage, mais je ne veux pas y passer six semaines. Trois semaines,
c'est trois semaines". Il a dit " OK ". Je crois
qu'en tout, ça a pris trois semaines et demi. On a ressorti de
vieux trucs, et on a parlé du bon vieux temps. On a commencé
à écrire différentes paroles, on a confronté
différentes expériences, et c'est devenu un moment privilégié
pour chacun de nous deux, on a laissé sortir pas mal de trucs,
on n'avait jamais parlé de tout ça ensemble auparavant.
C'était super, et Max et tous les E Streeters nous ont vraiment
bien aidé. Même si on a fait des erreurs. Sur " All
night long ", Max a complètement oublié où
il était, il était perdu mais il a continué dans
sa direction, et les autres l'ont suivi. Et on a gardé cette
prise. On m'a dit " John, on ne peut pas utiliser ça
? ", mais j'ai dit " si, c'est plein d'énergie,
c'est super ! "
Spittin'
Fire
Des soirées de beuverie. On prenait le métro pour aller
là-bas, Chesterfield. Il y avait plein de gens qui venaient avec
toutes sortes de bouteilles de vin. On buvait le vin. Et on jouait ensuite.
C'était des nuits de folie. C'était pas vraiment fait
pour enregistrer. On était complètement fous sur scène,
c'était très vivant. C'était bien parce qu'on n'avait
pas beaucoup de déplacements, on jouait au même endroit
tous les soirs, on logeait dans des hôtels miteux. C'était
juste une occasion de relâcher la pression. Hervé [Deplasse]
voulait enregistrer. J'ai dit " Tant que tu restes hors de mon
chemin ", et c'est ce qu'il a fait, on se connaît depuis
des années. Donc, c'était vraiment un truc complètement
incontrôlé.
Ruff
Stuff / More Ruff Stuff
Ce sont des disques qu'on a filé pour le nouvel an. Ce sont
des démos, des chansons que j'avais écrites il y a plusieurs
années avec Matt Noble, juste des trucs. On me criait dessus
parce qu'on perdait de l'argent, mais tant pis, donc je me suis débarrassé
de tout ça.
Live
at the Paradise theater
Boston. La seule chose dont je me souvienne de Boston, c'est la section
de cuivres descendant dans le public, jouant dans le public. Et les
gens criaient et hurlaient, et l'autre chose dont je me souvienne est
que les chaises étaient toutes renversées sur le sol.
Ils ont arrêté deux gars parce qu'ils défonçaient
les murs à coup de pied, et mon road manager à l'époque,
Mookie, qui a tourné plus tard avec Roger Waters sur The Wall,
c'était son anniversaire, alors ils lui ont balancé une
tarte à la crème dans la figure, et les jours suivants,
c'était une vraie patinoire sur la scène. Donc, encore
une fois, c'était plutôt fou.
Messin'
with the blues
Nous avons parlé de ça il y a quelques minutes.
Going
To Jukesville
Ça devait être une suite de l'album de blues [Messin'
with the blues] , être un disque soul, de la soul des sixties,
mais au fur et à mesure qu'on a répété avec
le groupe, ça s'est mis à sonner comme un album des Jukes.
J'ai pensé " je peux forcer ça et aller vers un son
plus soul, ou laisser aller naturellement vers là où ce
veut, et c'est là que c'est allé, à Jukesville
et c'est donc devenu un album des Jukes. Ce n'est pas que ça
allait être autre chose de toute façon, mais cela nous
ressemblait vraiment, au lieu qu'on essaye de sonner comme de la soul
des années 60, et j'ai pensé que c'était une bonne
chose, donc j'ai dit " allons-y ". Et c'était super
de pouvoir improviser dans le studio et c'est venu très facilement.
Ce "disque à disque" n'évoque pas, bien évidemment,
les deux compilations que voici :
Best
Of Super
Hits
Reproduit
avec l'aimable autorisation de Compact-Crossroads.
Toute reproduction interdite sans autorisation.