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L'autre monsieur S. |
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Jouons à une petite devinette : Il vit dans
le New Jersey. Vous trouvez ? Voici un autre indice : Il est épaulé par le fidèle Silvio alias Steve Van Zandt. Toujours pas
? " Euh l'autre hé, trop fastoche !! On gagne quoi, hé ? " me balance Arnaud (pardon, monsieur le Président) du tac au tac, " c'est Tony Soprano ! " Euh
oui, c'est vrai, c'était " fastoche ". N'empêche,
à la réflexion, le doute est permis
Peut-être
en existe-t-il un autre, après tout ? Un autre "
boss ", de la même génération que
Tony Soprano ; qui essaye d'être lucide sur son propre
cas comme sur celui du monde qui l'entoure ; qui réfléchit
posément avant d'agir ou de s'exprimer ; qui recherche
Mais, me direz-vous, et
vous n'aurez pas tort, peut-on décemment comparer un artiste, star
du rock, à un truand parrain de la mafia ? Qui plus est, peut-on
comparer un homme de la vraie vie à un personnage de fiction d'une
série télé ? Non, bien sûr, et pourtant
malgré mes rêves les plus fous, l'autre monsieur S. ne m'a
encore jamais invité chez lui à dîner et ne m'appelle
jamais sur mon portable. Quand il me parle, c'est à travers les
hauts-parleurs d'un stade ou les enceintes de ma chaîne stéréo.
Quand je le vois, c'est au moins à vingt mètres de distance
- de près, c'est pire, tant les barrières psychologiques
qui nous séparent sont aussi bloquantes que celles en métal
installées Je me pose parfois la question : monsieur S. est-il réel ou n'est-il qu'un héros au même titre que ceux de la télé, du cinéma ou de la littérature ? Après tout, qu'est-ce qui différencie son prochain coffret de CD ou DVD de celui de la prochaine saison des Sopranos ? Ne sont-ils pas tous deux des uvres de création artistique, nous emmenant dans un monde imaginaire " inspiré " seulement de la réalité ? Alors, quand, aux concerts Doubletake de Somerville, monsieur S. décide soudain de baisser le voile et d'entrouvrir la porte de son intimité (artistique seulement, je vous rassure pour le reste, contentez-vous de Red Headed Woman), non pas à des journalistes - partiellement et uniquement admis dans cet autre monde dans le seul but de servir de relais avec le notre - mais directement à quelques fans comme vous et moi, en se prêtant sur scène à un petit jeu spontané de questions-réponses, certains perdent leurs repères et leur latin, et se plantent lamentablement, osant des questions débiles qu'ils ne poseraient certainement pas à quelqu'un qu'ils respectent ou admirent dans la vraie vie. On a donc pu entendre : " Quels type de sous-vêtements portez-vous ? " ou bien " Ecrirez-vous un jour une chanson avec le nom " Allison " dedans ? " Pour ajouter à notre confusion, il arrive que les chemins de deux S. se croisent, que la réalité se mêle à la fiction. Lorsque Tony Soprano se fait passer des bandes magnétiques d'écoutes téléphoniques, il questionne : " C'est quoi vos bandes ? Le nouveau coffret de Springsteen ? Je l'ai déjà ! ". Réciproquement, quand l'autre monsieur S. se produit aux MTV Awards, qui le présente ? L'acteur James Gandolfini, qui incarne Tony Soprano à l'écran. Mais que peut-on en déduire de plus ? Pas grand chose, j'en ai peur. Autorisons alors notre imagination à extrapoler un peu ? Par exemple, les relations entre Tony Soprano et ses enfants sauraient-elles nous renseigner sur celles possibles entre Bruce et les siens ? Dans le feuilleton, les rejetons A.J. et Meadow ont beau avoir le plus puissant et respecté des pères, à douze et quinze ans, ils ne le considèrent pas moins comme un sacré ringard. Hum probablement un mauvais exemple je crois que m'égare en conjectures Et puis de toute façon, Springsteen ne serait pas du genre à se laisser embringuer dans des relations père-enfant conflictuelles, n'est-ce pas ? Au moins, ce qui est sûr, c'est que les deux hommes partagent le souci de protéger leur progéniture contre la pression et autres effets néfastes de leur activité professionnelle : d'un côté la violence implacable et le crime, de l'autre l'exposition et le harcèlement dus à la célébrité. Mais au fait, j'y pense Patti n'a-t-elle pas déclaré il y a quelques temps que ça n'amusait plus du tout Evan, Jessica et Sam de suivre leurs parents en tournée ? Bon. Après
tout, si mes deux héros personnels passent pour des
vieux schnocks auprès de leurs mômes, je peux
probablement être plus serein sur ce qui m'attend avec
les miens. Mes petits chéris n'ont encore que 4 et
5 ans, j'ai donc bien encore un peu de temps devant moi. Mais
je dois impérativement rester vigilant, car si je n'y
veille pas, en grandissant, ils seraient bien capables de
ne pas être fans de Bruce comme papa, les fripouilles
!
Hugues
Barrière
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