A Day In New Jersey (II)
("I'm A Pilgrim In The Temple Of... Bruce")

Une chronique de
tenth-avenue
(Sept. 2003)

        
Vendredi 29 août 2003, "day off" pour Springsteen et le E Street Band entre deux concerts au Giants Stadium, je pars en compagnie de "quelques" fans du Boss visiter deux ou trois lieux choisis du New Jersey, devenus mythiques en raison de leur relation étroite avec la vie ou la carrière du chanteur. Ce que je pensais au départ n'être qu'une simple ballade fanatico-touristique s'est transformée, au fil des heures, des images émouvantes et des péripéties amusantes, en une journée à jamais gravée dans mon souvenir. En voici quelques impressions et illustrations...

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Asbury Park, NJ - 29 août 2003

        " Greetings From Asbury Park, New Jersey " dit la carte postale. En français, on dirait " Souvenirs d'Asbury Park, New Jersey ". La formule serait d'ailleurs bien plus fidèle à la réalité du site, tant celui-ci n'a plus vraiment grand chose d'accueillant, et que ce qu'il fut autrefois, une élégante, divertissante et florissante cité balnéaire, n'est plus aujourd'hui qu'un lointain souvenir, justement. La petite ville, où le temps semble s'être trop longuement arrêté, est passée au fil des ans par tous les stades de la déchéance - la pègre locale, les émeutes raciales et les promoteurs immobiliers y ont largement contribué - jusqu'à n'être plus qu'une zone tombant un peu plus chaque jour en ruine et dans l'oubli, où les immeubles à l'abandon se succèdent aux terrains vagues, exhibant tant bien que mal les vestiges délabrés de ce qui en faisait autrefois une jolie curiosité locale. " Les fenêtres condamnées, les rues vides " chante Springsteen dans " My City Of Ruins " (Ma cité de ruines), une chanson évoquant le déclin d'Asbury Park, jusqu'à ce que le New York du 11 septembre ne lui donne une nouvelle résonance encore plus dramatique.

© Hugues Barrière  © Hugues Barrière  © Hugues Barrière
"The boarded-up windows, the empty streets... My city's in ruins" (My City's In Ruins - The Rising, 2002)

        Traversant Ocean Avenue, nous rejoignons le boardwalk et ses planches vermoulues qui s'étendent sur plus d'un kilomètre, depuis le Casino (ou ce qu'il en reste) jusqu'au Convention Hall, salle de spectacle choisie très symboliquement par Bruce Springsteen pour y jouer les quelques répétitions publiques précédant le lancement de ses deux dernières tournées. Ils ont tous disparu, " les garçons du Casino qui dansaient avec leur chemise ouverte comme des latin lovers le long de la plage ". Madam' Marie, la voyante " coffrée par les flics parce qu'elle disait mieux qu'eux la bonne fortune ", a elle aussi déserté ces planches depuis belle lurette, abandonnant son cabanon aux seuls appareils photos des touristes venus, comme nous, faire ce pèlerinage en " Terra Ingrata " sur les traces du Boss. Car il s'agit bien de cela. Qui en effet s'intéresserait (au point de traverser l'Atlantique pour le visiter) à ce trou glauque s'il n'avait été hanté et chanté avec tant de romantisme par le fidèle enfant du pays devenu star planétaire ? Pourtant, l'abandon prolongé a donné à ce lieu, en figeant sa mémoire, un charme suranné et émouvant qui séduit chaque visiteur qui s'y aventure et justifie qu'on s'y arrête. Mais, bien sûr, de là à y vivre…

 © Hugues Barrière © Hugues Barrière © Hugues Barrière

En haut : Le Convention Hall, le Casino, le cabanon de Madam' Marie
En bas : Le Palace Amusement Park, sa mascotte "Tillie" et son "tunnel of love"

        Réfugié au Stone Pony, mythique bar-club qui a vu défiler depuis 35 ans toute la scène musicale du Jersey Shore, des groupes de bars les plus inconnus jusqu'au " local hero " le plus vénéré et respecté de la région (voire du pays tout entier), je discute autour d'une Bud avec la nouvelle patronne de l'établissement, énième repreneur tentant sa chance pour perpétuer ce lieu historique pour bien des fans dans le monde. Mais s'y serait-elle seulement risquée si Springsteen et ses copains, les Southside Johnny, Bobby Bandiera, Little Steven ou Jon Bon Jovi, n'y venaient à intervalle régulier pour redonner un peu de vie et de notoriété au quartier ? Vini Lopez, le batteur autrefois surnommé " Mad Dog " par Bruce, passe à deux pas de notre troupe, qu'il vient saluer gentiment, se prêtant de (très) bonne grâce au jeu des autographes et des photos. Cela va pourtant faire pas loin de trente ans qu'il a quitté le E Street Band…

 © Hugues Barrière © Hugues Barrière © Hugues Barrière
Vini "Mad Dog" Lopez : "Born In the U.S.A. a long long time ago..." dit le t-shirt.

        Ah, Asbury Park, ville encore sous perfusion mais peut-être promise à un avenir plus radieux si les multiples bonnes volontés réussissent à tenir le coup et à remporter leur pari fou… Forcément, en regard de l'événement d'hier soir au Giants Stadium ou dans la perspective de celui de demain, à quelques kilomètres seulement de là, cette visite nous offre un raccourci saisissant, un peu déconcertant, même. Je crois qu'il faut avoir vu Asbury Park pour véritablement saisir l'enjeu d'un concert de Bruce Springsteen, qui plus est, chez lui, dans le New Jersey, devant 55 000 voisins et amis.

© Etienne Daumas
Le Giants Stadium - (photo E. Daumas)


Hugues Barrière
Sept. 2003